Contes et légendes des Hautes-Alpes

 

 

 

La Dame Blanche du Lautaret La légende de la Fontaine de l’Ours
La légende de Maison du Roi La légende de Saint-Véran
L'âne de Fontgillarde La légende de Chamandrin
La légende de la Fontsancte La légende de la Rue des Masques
La légende de Valpréveyre L'histoire de Jean des Routasses aux Escoyères
L'histoire de la Roumano à Peynin La légende du plateau de Millaures à Montdauphin
La légende des Jouets du Queyras Le pré de Madame Carle ou la belle dame des Vigneaux

 

La Dame Blanche du Lautaret

Cette histoire de fantôme est plus connue dans le Briançonnais. La légende se situe en hiver, sur la route du col du Lautaret, lorsque les rigueurs de la saison transforment la délicieuse balade connue en été, en une périlleuse et parfois fatale expédition. En effet, lorsque la tourmente se déchaîne, rendant la visibilité quasiment nulle, la route sillonne dangereusement entre des parois de neige formées par les congères et la chaussée est aussi glissante qu'une patinoire. Nombreux sont les gens qui ont du abandonner leur voiture ensevelie sous la neige et poursuivre leur chemin à pied, avec le risque de finir congelé jusqu'au prochain printemps ...
L'histoire raconte l'étrange aventure survenue à de nombreuses personnes au coeur de la nuit et de la tourmente : alors qu'elles étaient concentrées sur la conduite de leur véhicule, une incroyable apparition les surprenait au détour d'un virage : une dame vêtue d'une robe et d'un châle dont la blancheur immaculée rappelait celle de la neige, faisait de l'auto-stop appuyée contre une paroi glacée. Troublés et peinés par l'apparent dénuement de cet étrange fantôme, nombreux sont ceux qui lui offraient l'hospitalité dans la réconfortante chaleur de leur voiture. Son visage était entièrement dissimulé par son châle et toutes les tentatives de conversation s'avéraient vaines : le curieux personnage gardait obstinément le silence ... Les automobilistes reprenaient alors leur conduite et la nécessité de se concentrer leur faisait momentanément oublier leur passagère ... Et le voyage se poursuivait toujours sans dommage. Arrivés à bon port, ils ne pouvaient que constater la disparition de la Dame ...
Dans les auberges de la région, on raconte que la Dame Blanche du Lautaret protège les automobilistes qui la prennent à leur bord. Quant à ceux qui l'ignorent, leur voyage se poursuit au péril de leur vie.
On raconte aussi que certains ont été internés en asile psychiatrique, à Laragne, pour avoir relaté cette histoire ...

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(Légendes dorées des Hautes-Alpes - Gabrielle SENTIS - 1982 - Composition Kérit-Carmel LA TRONCHE)
La légende de la Fontaine de l’Ours

Un jour de l’an 600, St-Arey, évêque de Gap fit, à l’occasion d’une rocambolesque aventure, la rencontre d’un grand ours de la montagne. Rentrant de Rome, après une visite au pape, sa charrette fut attaquée par l’animal qui, surgissant de la forêt dévora l’un de ses bœufs. Très contrarié, Arey ordonna au féroce animal de s’atteler à la voiture pour le ramener à Gap, ce que l’ours fit docilement. Dès lors naquit une grande affection réciproque entre le prélat et la bête, au point dit-on, qu’il lui fut offert un magnifique collier d’or et d’argent.
Quand le saint homme mourut, la peine de son compagnon fut immense, on le vit à la tête du cortège, hurlant son désespoir, puis il disparut à tout jamais. Bien plus tard, sur les pentes de Morgon, les moines de Boscodon mirent à jour, au fond d’une grotte où coule une source claire et fraîche, les restes d’un animal de grande taille qu’ils identifièrent facilement, grâce au précieux collier qu’il portait encore.
L’endroit s’appelle depuis, la Fontaine de l’Ours.

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La légende de Maison du Roi

Louis XIII se rendant en Italie en 1629 se serait arrêté, le 28 février, à l'auberge située dans la Combe du Queyras, au lieudit Pont-la-Pierre, appelée depuis la Maison du Roi.
La légende veut qu'il se soit plaint du prix, trop élevé à son gré, ds oeufs que lui vendait l'aubergiste. "Les oeufs sont donc bien rares dans ce pays pour qu'ils soient si chers" dit-il. "Sire" répartit le Queyrassin, "ce ne sont pas les oeufs qui sont rares ici, c'est la présence de votre majesté".

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(Le courrier du Queyras n° 1 : août 1971)
La légende de Saint-Véran

Il existait jadis au pays d'Avignon un dragon. Ce monstre était d'une férocité légendaire. Il ravageait tous les villages de la plaine et semait la terreur chez tous les comtadins.
Beaucoup d'hommes courageux et guerriers, connaissant à fond les ruses du combat, avaient tenté de le tuer. Mais leur téméraire audace avait toujours été vaine et ils avaient tous péri dans la gueule du monstre d'où jaillissait le feu. Et le dragon, de plus en plus cruel et sanguinaire régnait sur le pays terrifié...
Ce fut alors qu'un saint évêque nommé Véran, de Cavaillon, s'avisa d'empoisonner l'immonde bête.
Le monstre, en proie à d'horribles souffrances, s'enfuit, hurlant de douleur, le long dela Durance. Il se traîna ainsi, agonisant jusque dans les Alpes, et vint mourir le long du Guil, face au Viso, dans la combe de l'Aigue-Blanche.
L'été suivant les bergers de Provence montés là avec leurs troupeaux apprirent aux habitants le bienheureux miracle. Dès lors, ceux-ci dédièrent leur paroisse à l'évêque vénéré.
Et c'est depuis ce temps-là que leur pays se nomme Saint-Véran.

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(Le courrier du Queyras n° 33 : automne-hiver 1981-1982)
L'âne de Fontgillarde

Tout le monde connaît le fameux dicton : "Fontgillarde, pays d'infortune, l'hiver pas de soleil, et l'été, pas de lune"
Autrefois, dit la légende, le soleil paraissait à Fontgillarde chaque jour d'hiver aussi longtemps qu'il brille ici. La lune y étincellait aussi, autant que le cristal qu'on peut recueillir sur le Rouchon.
Au hameau du Coin, vivait un vieux célibataire connu pour son avarice sordide. Une fois chaque matin et une fois chaque soir, il menait son âne boire à la fontaine de Fontgillarde. Il ne nourissait la bête que de paille, encore en diminuait-il chaque jour la quantité.
Un matin où l'âne mirait ses longues oreilles dans l'eau de la fontaine, il fut surpris de voir le soleil s'y refléter aussi. Comme il n'était qu'un âne, il crut à un don du ciel destiné à son usage. Ayant ce jour-là fort mal déjeuné, il dit au vieil avare : "Mon maître, s'il faut qu'encore demain tu diminues ma ration journalière, ne pourrais-tu allonger quelque peu le licol afin que je puisse manger la galette qui fait si gracieuse mine au fond de cette mare."
Le vieillard ravi de l'aubaine relâcha le licol et vit, en effet, le soleil glisser peu à peu vers le bord, puis disparaître totalement de la mare et du ciel. Sans doute l'âne l'avait-il mangé, car on ne le revit plus de tout l'hiver.
Six mois plus tard, un soir où son maître avait négligé de lui donner sa maigre ration, l'âne venu à l'heure habituelle à la fontaine de Fontgillarde, vit la lune au fond de la mare qui, pâle mais bien grasse, lui semblâ fort appétissante. Il dit au vieil avare : "S'il faut que demain tu oublies encore de me donner ma ration journalière, ne pourrais-tu en ce moment, allonger quelque peu le licol qui me retient afin que je puisse manger le fromage qui fait si gracieuse mine au fond de cette mare."
"Malheureux," répondit aussitôt l'avare, "as-tu si courte mémoire que tu ne te souviennes du mauvais tour que tu nous jouas voici six mois. Tu as déjà mangé le soleil, tu veux maintenant engloutir la lune? Je ne te permets ce soir de n'en manger qu'un petit bout."
L'âne dut obéïr. Mais chaque soir il entamait un peu plus le délicieux fromage. Or, dans la mare, comme au ciel, la lune diminuait de dimension. Un soir, l'avare et son âne vinrent à la fontaine et ne trouvèrent plus rien. C'est depuis ce temps, dit-on, qu'il n'y a plus de lune à Fontgillarde l'été.

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( Le courrier du Queyras n° 36 : automne 1982 - hiver 1983)
La légende de Chamandrin

Au XVIIIème siècle, un petit hameau, près de Briançon, coulait des jours paisibles, lorsqu'une troupe de brigands s'arrêtent à l'auberge en pleine nuit.
Leur chef dit à l'aubergiste terrorisé : "Nous n'allons pas butiner de pauvres gens comme vous car nous avons fait bonne recette ces jours-ci. Nous avons faim...servez-nous un civet de lièvre... et vous serez payé."
L'aubergiste proteste embarassé : "Du lièvre, à cette heure... mais où le prendre?"
Le chef des brigands ne transige pas : "Arrangez-vous, mais j'exige un civet dans l'heure... ou gare à vous!"
L'aubergiste penaud : "Bien, bien, dans ces conditions... " et il file dans sa cuisine.
Un heure se passe et l'aubergiste revient triomphant : " Le repas est servi." Le civet, odorant, onctueux est accompagné d'un bon vin de Saint-Crépin, ce qui met les brigands en joie. Au moment de partir, le chef se tourne vers l'aubergiste et lui dit : "Sacrés briançonnais, vous l'aviez ce lièvre..."
C'est alors qu'un jeune enfant, fils de l'aubergiste, d'une voix fluette dit : "Même qu'il miaulait votre lièvre! ... miaou, miaou..."
"Qu'est-ce à dire? Vous avez osé nous servir du chat!..." dit le chef. Les brigands menacent de brûler le village... Les villageois terrorisés demandent grâce.
Le chef a bien déjeuné quand même, ce qui l'a mis de fort bonne humeur : "Eh bien, désormais, vous appelerez votre village Chamandrin, ce sera l'endroit où Mandrin a mangé du chat... car je suis Mandrin! A vous revoir, bonnes gens!..." et la troupe s'en va au galop, dans un nuage de poussière.

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(Légendes dorées des Hautes-Alpes - Gabrielle SENTIS - 1982 - Composition Kérit-Carmel LA TRONCHE)
La légende de la Fontsancte

Entouré des crêtes de Panestrelle, rive droite et de la Scie, rive gauche, le Val d'Escreins est très encaissé. La roche calcaire ne retient pas l'eau et les sources sont rares.
La légende raconte qu'une jeune bergère menait paître son troupeau dans le vallon. Les plus hautes pâtures avaient l'herbe la plus fine mais, hélas, nul ruisseau ne désaltérait les bêtes, qu'il fallait descendre auprès du torrent, pour boire. Que de temps perdu et de fatigue inutile, soupirait la bergère. "Ah, si une source pouvait naître en ces beaux alpages, que je serais contente!..."
Un jour, elle fut intriguée par le manège de sa chèvre blanche, qui disparaissait dans les rochers,et se dressait, soudain, sur l'un d'eux en l'appelant. Elle alla voir, et, quelle surprise : une belle source d'eau limpide s'échappait par une ouverture circulaire semblable à celle qui aurait été produite par le passage d'un boulet de canon. Cette source n'a jamais tari depuis.
Pour commémorer ce miracle, la source fut appelée "Fontaine Sainte" puis "Font Sainte" devenant Fontsancte, donnant son nom au sommet (3 385 m) qui la domine, mitoyen avec Ceillac.

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(Légendes dorées des Hautes-Alpes - Gabrielle SENTIS - 1982 - Composition Kérit-Carmel LA TRONCHE)
La légende de la Rue des Masques

La Rue des Masques ( venant de "masc" qui veut dire sorcier) est située dans le quartier du Simoust, entre Eygliers et Guillestre. C'est une faille d'environ 600m de long et d'une dizaine de mètres de large, résultant d'un décrochement de la falaise qui surplombe le Guil. C'est une rue sans maison, dans laquelle le soleil ne pénètre jamais et où, d'après la tradition, les sorciers d'Eygliers venaient se livrer à leur sabbat nocturne.
"A la nuit de Noël", disait-on aux veillées : " au premier coup de minuit, les roches s'ouvrent sur une grotte pleine de l'or fabriqué par les sorciers, qui se cachent et perdent leur pouvoir cette nuit-là. Alors chacun peut emporter sa charge d'or. Mais gare ! avant que le dernier coup ne sonne, il faut être sorti sous peine de rester prisonnier avec le tas d'or."

A Eygliers, vivaient alors une jeune femme Marguerite Oliron, son mari et leur fils Charles. La vie n'était pas facile et ils ne gagnaient pas assez d'argent pour vivre. Le mari songea à s'expatrier et voulut aller faire fortune aux Amériques : "Vois donc, les gens d'Aiguilles partis là-bas... Quelles belles maisons ils se font construire à leur retour" disait-il à sa femme, impuissante à le retenir. Au début, il écrivit des lettres venant du Mexique, puis, plus rien... et Marguerite apprit, un jour, qu'il était mort "des fièvres"... sans la moindre fortune.
Seule, que devenir et que faire pour éléver Charles? On était alors tout près de Noël, elle résolut d'essayer l'or des rochers, dont elle entendait parler aux veillées. Elle partit pour la rue des Masques, portant son fils dans ses bras. Elle avait froid, elle avait peur, qu'importe, il fallait oser. Mais comme le coeur lui battait !...
Au premier des douze coups egrénés au clocher d'Eygliers, la roche s'ouvrit, et l'or apparut, scintillant dans la pénombre. Elle entre dans la grotte, pose son fils à terre, laisse couler les pièces d'or entre ses doigts... Qu'il y en a !... pour les emporter, elle va vite chercher son panier laissé dehors, et revient d'un bond ... mais trop tard, le dernier coup a sonné, la pierre s'est refermée sur son fils.
Marguerite, surprise un instant, comprend bientôt tout son malheur. Elle se redresse affolée et se précipite sur le rocher qui reste inébranlable. Elle crie, elle appelle, elle pleure ; sa voix retentit et se prolonge tout le long de la Rue des Masques ... L'écho seul lui répond. La pauvre Marguerite crut en devenir folle !
Chaque jour, elle venait appeler son enfant à la rue des Masques, espérant le voir apparaître, et, elle restait là grelottante de froid et de faim. Le soir, elle tombait à terre inanimée de douleur et de soufrance. Alors, elle se retrouvait sur son lit, un petit pain sur la table, un sorcier apitoyé en prenait soin.
Que Noël fut long à revenir ! Ce soir-là, Marguerite ne s'est pas endormie; Le premier coup sonne, la grotte s'ouvre, elle aperçoit Charles, frais et rose, assis sur le tas d'or... elle se précipite, prend son enfant et l'emporte au plus vite, le pressant sur son coeur.
"O mon trésor ! mon cher trésor ! " murmure-t-elle avec ivresse. Le lendemain, Marguerite redescendit au village, heureuse et consolée, pressant toujours sur son coeur le trésor qu'elle avait perdu et qu'elle avait retrouvé.

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(Légende transmise par Abrard, dit "Joli Coeur", artisan guillestrin - "Guillestre, mon pays"
Général A. GUILLAUME - Société d'Etudes des Hautes-Alpes - 1978,
)
La légende de Valpréveyre
Quand Valpréveyre était encore habité, on racontait à la veillée la légende suivante.
Une dévote avait demandé à Saint Joseph de guérir son mari de l'ivrognerie et de la paresse en lui donnant une petite maladie. L'ivrogne tombé brusquement malade mourut. Sa veuve, en pleurant, disait à ses voisins et à son entourage : "lou brave sant pamens! mi li demandou un uou, mé douno un buou!"
Ce qui sigifie : "Le brave saint pas moins! je lui demande un oeuf, il me donne un boeuf!"

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( Le Queyras, villages et hameaux - J. Vandenhove
Publication de l'office d'information et de promotion du tourisme en Queyras - 1984 )
L'histoire de Jean des Routasses aux Escoyères
Voici une histoire racontée à propos d'enterrements, par les anciens de Bramousse, des Escoyères et du Veyer.
Jean des Routasses (il possédait un champ qui s'appelait les Routasses) habitant des Escoyères avait bon coeur, il rendait de nombreux services et était estimé de tout le monde.
Il tomba malade et se mit au lit. Comme au bout de quelques jours il ne bougeait plus, il fut considéré comme mort.
Tout le village l'accompagna au cimetière du Veyer par un chemin gelé. Les quatre porteurs, amis du défunt, pour se donner du courage avait pas mal bu de ce bon vin d'Eygliers. Arrivés à un passage difficile, fortement pentu et rendu glissant par le gel, les porteurs se disputèrent pour savoir s'il fallait passer à droite ou à gauche. C'est alors qu'une voix forte sortit du cercueil disant : "Quand eisoun viou, passavou a, qui airo passa pi inté vouré : quand j'étais vivant, je passais par là, maintenant passez où vous voulez"
Epouvantés et affolés, les porteurs lachèrent le cercueil qui dévala le ravin et finit par s'ouvrir. Jean dans son linceul continua de dévaler la pente heurtant les rochers, les talus et les clapières. Les moins éffrayés se mirent à crier : "Arrapé té à l'herbo, arrapé té à l'herbo... : accroches-toi à l'herbe, accroches-toi à l'herbe ..." Hélas, Jean des Routasses se fracassa la tête sur un rocher et lorsqu'il arriva sur la grande route, il était cette fois bien mort.

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(Une des Escoyères en Queyras - Antoinette Meissimilly - Editions de la Vallouise - 1983)
L'histoire de la Roumano à Peynin

A Aiguilles, à la veillée, on racontait l'histoire de la Roumano.
La Roumano, vieille sorcière, gitane d'après son nom, vivait dans une cabane avec ses chèvres à Pra-Chin, au-dessus de Peynin, un hameau d'Aiguilles. Elle venait au hameau en cachette, y chercher de la braise pour ranimer son feu. Toujours vétue d'oripeaux éclatants, un foulard de travers sur une longue chevelure grise, des amulettes autour du cou, elle avait une étrange allure. Elle était la terreur des Peyninins, mais elle passait pour une spécialiste en beurre et fromages et elle refusait toujours de confier ses recettes.
Pour la faire parler, une femme imagina une ruse et disposa devant son foyer des coquilles d'oeufs pleines de lait ou de vin, et se cacha derrière sa maie, attendant le passage de la Roumano. Se croyant seule, la Roumano goûta le lait et déclara : "Eichou val eitou que loubla, quonté lei bien apresta : ceci vaut autant que du blé quand c'est bien apprêté". Pour le vin, elle dit : "Aco eichi es bel e boun quont lei près embé rasoun : ceci est bel et bon quand c'est pris avec raison".
Elle la suivit jusqu'à sa cabane pour surprendre les secrets de son beurre et de ses fromages. La Roumano l'aperçut, se fâcha et la mit à la porte. Elle ne revint plus à Peynin. Personne n'osa remonter chez elle craignant sa colère.
Un jour des bergers virent une grosse fumée à la cîme de l'alpage où elle gitait "L'ero la paouro Roumano qu'avio rousto din sa cabano...". On ne sut jamais rien de plus...

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(Le Queyras, villages et hameaux - J. Vandenhove
Publication de l'office d'information et de promotion du tourisme en Queyras - 1984)
La légende du plateau de Millaures à Montdauphin
Le plateau de Montdauphin, avant, s'appelait le plateau du Bouchet. Les gens disaient qu'il y avait une malédiction et que toute personne qui s'aventurerait sur le plateau amènerait le malheur sur toute la région. Aussi personne n'osait venir à cet endroit.
Une année de sécheresse, les moutons ne trouvèrent plus d'herbe suffisante pour se nourrir et ils furent attirés par l'herbe grasse qui poussait sur le plateau et qui restait délaissée. C'est alors qu'une brebis tombe sur un replat, au bord de la falaise. Vite, le petit berger qui accompagne le troupeau, descend pour la récupérer. En descendant, il aperçoit une grotte d'où sortent de grands cris. Intrigué, il s'approche dans l'obscurité et voit un grand sac d'où proviennent les cris. Il s'avance encore et tombe sur un parchemin. Il le prend, le déroule mais il n'arrive pas à le déchiffrer car il ne sait pas lire. Alors il ouvre le sac et là, d'un coup, des milliers de vents s'échappent rapidement et dévastent tout sur le passage. Rien ne résiste, les grands arbres sont déracinés et l'herbe déssèche. Plus rien de riche ne poussera sur ce plateau venté.
On raconte, qu'en fait, le sac avait été mis là par un sorcier qui avait rassemblé tous les vents de la région. Prudent, il avait écrit sur un parchemin : "A n'ouvrir sous aucun prétexte". Mais le sorcier n'avait pas pensé qu'un petit berger ne sait pas lire... et depuis ce plateau s'est appelé le plateau de Millaures ou plateau des Millevents
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Il était une fois, il y a très longtemps...
A cette époque, le Pays du Queyras était si pauvre que le Père Noël ne s'y arrêtait jamais. Personne ne lui passait jamais commande et son traîneau ne faisait que survoler la vallée.
Un soir de 24 décembre, en passant dans le ciel Queyrassin, l'attelage a été secoué par le vent montagnard et quelque chose est tombé de la hotte du Père Noël.
Au matin, un paysan du village d'Arvieux a trouvé dans la neige une jolie petite figurine de bois peint, en forme d'animal. L'histoire ne dit pas s'il s'agissait d'un poussin ou d'une vache, mais, c'était en tout cas un fort joli jouet... Pendant l'hiver qui suivit, le paysan Queyrassin en a réalisé d'autres, que son épouse a minutieusement décorés.
Et d'autres habitants en ont fait autant pour que tous les enfants du Pays puissent eux aussi avoir des jouets.

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Le pré de Madame Carle ou la belle dame des Vigneaux

Mme Carle vivait dans son château à la Bâtie des Vigneaux à l’entrée de la Vallouise. Elle avait appris qu’un jeune peintre peignait une fresque sur l’église des Vigneaux. Un jour alors que son mari était parti en campagne en Italie avec le roi Louis XII, elle décida de monter aux Vigneaux. Elle s’adressa au jeune peintre : « Que peignez-vous ? lui demanda-t-elle.
Je peins les sept péchés capitaux, j’en ai terminé quatre, il me reste à représenter l’Orgueil, la Luxure et l’Avarice, lui répondit le peintre ». Ils se mirent à discuter. Le peintre qui commença à tomber amoureux de la Belle Dame la raccompagna jusqu’à la Bâtie et lui proposa des rendez-vous dans toute la Vallouise .
Mais à chaque fois Louise trouvait toujours un prétexte pour ne pas s’y rendre. Pendant ce temps la fresque n’avançait pas. Un jour elle décida de rendre jaloux le jeune peintre. Elle monta à l’église des Vigneaux au bras du beau seigneur de Rame, une seigneurie de la Vallée de la Durance.
Le peintre rentra alors dans une colère folle et par vengeance il peignit l’Orgueil chevauchant un lion avec le visage du Seigneur de Rame, la Luxure montée sur un bouc avec le visage de Mme Carle se regardant dans un miroir.
L'histoire courut ainsi dans toute la vallée et lorsque le mari rentra il ne dit mot, mais il enferma sa mule dans son écurie sans lui donner à boire. Au bout de deux jours il sella sa mule et le couple monta au " pré " qui leur appartenait au fond de la Vallée. Mr Carle prenait bien garde à ce que la mule ne boive pas. Lorsqu'ils arrivèrent au Pré, Mr Carle lâcha la mule sur laquelle était montée Louise. L'animal assoiffé se précipita vers le Gyr pour boire et Mme Carle déséquilibrée par la fougue de la mule tomba dans les flots tumultueux du torrent qui l'emporta.
On retrouva son corps au bout de deux heures. Depuis ce jour cet endroit porte le nom de " Pré de Mme Carle. "

retour Extrait du site du regroupement pédagogique de MAGNIERES-REMENONVILLE (54)