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TABLES D'OMBRE
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Une "table d'ombre" est un tableau qui fait correspondre à chaque heure du jour la longueur d'une ombre d'un "gnomon". Ce gnomon peut être constitué d'un élément fixe, ou par l'utilisateur lui-même. Le principe est proche de celui du cadran solaire.
Dans son ouvrage "La mesure du temps dans l'Antiquité*" (1), Jérôme Bonnin, à propos des tables d'ombre écrit : "Une table d'ombre, dans son organisation la plus aboutie, consiste en une succession de colonnes indiquant les longueurs d'une ombre en fonction des mois de l'année ou de la place des signes du zodiaque dans le ciel. Il pouvait s'agir de la longueur de l'ombre d'un élément fixe ou, plus certainement, de la longueur de l'ombre portée par son propre corps."
Un tel dispositif est simple, sommaire et peu précis. L'essentiel étant que les gens d'une même communauté aient une référence commune même si elle reste "astronomiquement" fausse.
Une telle table a été retrouvée en Egypte vers 2000 avant notre ère. On en trouve de nombreuses traces en Grèce vers le IVème siècle avant notre ère, si on en juge par diverses comédies grecques  qui y font référence.

Référence dans "L'Assemblée des Femmes" (-373) d'Aristophane :

BLÉPYROS :  Ce serait pour moi une cruelle souffrance. Mais qui cultivera la terre ?
PRAXAGORA :  Les esclaves. Toi, tu n'auras de souci, lorsque l'ombre du cadran sera de dix pieds, que d'aller, gros et gras, vers le dîner.

Une citation extraite d'un texte byzantin, reprise par Jérôme Bonnin (1) donne le mode d'emploi d'une table d'ombre : "Quel que soit le moment où vous souhaitez connaître l'heure qu'il est, je vais vous dire ici comment procéder. A l'endroit où vous vous promènerez, vous devrez mesurer votre propre ombre ; et, lorsque vous aurez trouvé l'ombre de votre tête, marquez en l'emplacement et commencez à marcher de l'endroit où vous vous teniez, pas à pas. Comptez alors combien de pas vous faites, regardez l'ouvrage situé sur le mur, sur lequel les mois sont inscrits. Et alors vous trouverez pour chaque mois l'heure du jour."
L'unité de mesure des longueurs de l'ombre est ainsi le "pied", unité approximative qui varie d'un individu à un autre. Mais comme le font remarquer, François Baratte et Fathi Bejaoui (2), "d'une personne à l'autre, le rapport entre la taille du pied et la taille de la personne reste la même (1/6 ou 1/7) pour une personne de 1,60 m et pour une personne de 1,90 m par exemple. La mesure n'est donc pas totalement approximative même si elle reste très vague".


Taphis (EG) : Temple antique (disparu)
Table d'ombre
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Les six colonnes sont identifiées par Phaphi, Athyr, Choeac, Tybi, Méchir et Phaménoth (six mois de l'année égyptienne).
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Temple de Tafah (Nubie-Egypte) - 1852
 photographie de Maxime Du Camp (1822-1894)
Mémoire sur une table horaire dans le temple égyptien de Taphis (Antoine Jean Letronne)

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Haïdra (TN) : site d'Ammaedara
à gauche, fragments d'une table d'ombre ; à droite, table "reconstituée
Source ( 3 Mo)
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Tables d'ombre de PALLADIUS

Le Traité d'Agriculture «De Re rustica » de  Palladius Rutilius Taurus Aemilianus (~371-395) est composé de 13 livres. Les 12 premiers sont consacrés à chaque mois de l'année. et ils se terminent par des tables donnant la longueur des ombres pour les 12 heures du jour (sans doute au 1er de chaque mois ?)

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L'appariement des mois, janvier à décembre, février à novembre, mars à octobre, avril à septembre, mai à août et juin à juillet, montre le côté approximatif des indications fournies.


Références

(1) La mesure du temps dans l'Antiquité : Jérôme Bonnin - Editions "Les Belles Lettres" - 2015 - ISBN 2-7072-0084-0
(2) Un évêque horloger dans l'Afrique byzantine : Hyacinthe d'Ammaedara : François Baratte et Fathi Bejaoui in : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 148e année, N. 3, 2004. pp. 1121-1151