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CADRANS À RÉFLEXION
© Paul Gagnaire


*Au XVIIème siècle, en France et en Italie, les deux seuls pays où ils semblent avoir prospéré, on appelle "cadrans catoptriques" (*1*) des cadrans solaires dont le style est remplacé par un miroir, généralement horizontal et disposé sur l'appui d'une fenêtre, où vient tomber un rayon de soleil, qui en repart sous un angle de réflexion égal à l'angle d'incidence et arrive sur les murs ou le plafond d'une pièce obscure. Non seulement des cadrans complets ont ainsi été créés, mais aussi de simples méridiennes, ou bien des signaux lumineux, fugaces, destinés à manifester une heure particulière, chaque jour, ou encore la combinaison d'une heure et d'un jour déterminés; dans ce dernier cas, on repère, en réalité, un couple de jours appariés par une égale déclinaison du Soleil.
L'idée de cette gnomonique par réflexion, peut-être née du hasard, a occupé les meilleurs esprits et bien souvent donné naissance à des oeuvres d'une telle beauté et d'une telle richesse scientifique qu'elles ont fait ranger leurs créateurs parmi les plus savants et les plus illustres gnomonistes de l'histoire universelle des cadrans solaires. On les trouve surtout dans des édifices religieux ou pédagogiques, mais aussi dans des demeures profanes et prestigieuses. Toujours, ils manifestent des victoires sur d'énormes difficultés de conception et de construction.
Curieusement, c'est dans leur enfance ou leur adolescence que des personnages promis à la célébrité, dans l'astronomie ou dans d'autres disciplines, ont été attirés par ces jeux du Soleil parcourant les murs. Isaac Newton (1642-1727), pendant les vacances scolaires chez sa grand-mère, avait tracé un cadran à réflexion sur le plafond de sa chambre. A peu près à la même époque, un autre petit Anglais, alors âgé de seize ans, Christopher Wren (1632-1723), créait un cadran plafonnier dans sa chambre. C'est ce même Wren qui, plus tard, donna les plans de l'église Saint-Paul, à Londres et, surtout, acquit une renommée européenne en reconstruisant la Cité de Londres détruite par le "Great Fire" de 1666. Cette performance prend toute sa mesure si l'on précise que, dans le champ de ruines qui s'étendait devant lui, s'entassaient les débris de plus de cinquante églises. Des créations plafonnières identiques, mais plus anciennes, figurent à l'actif du très jeune Nicolas Copernic (1473-1543), orphelin recueilli par deux oncles.

Les cadrans solaires monumentaux, à réflexion, encore visibles et bien décrits, composent la toute petite liste suivante où l'on remarque immédiatement que tous les créateurs furent des religieux de haute volée intellectuelle :

avant 1560 Saint-Antoine en Dauphiné : église abbatiale.
escalier du clocher, murs cylindriques, fût central, dessous des marches.
oeuvre de Jean Borrel - dit ButéoJean Borel (ou Borrel) (Johannès Buteo) mathématicien de la Renaissance (1492 ? -1564 ?), religieux antonin et fils d'un seigneur d'Espenel dans la Drôme, fait ses études au monastère dont il sera pendant deux ans abbé, avant de publier d'importants ouvrages de géométrie et d'algèbre en particulier pour réfuter les tenants de la "quadrature du cercle" dont son maître et compatriote le célèbre Oronce Fine. Constructeur de machines et de cadrans solaires, Jean Borel est l'auteur de "la Logistica", d'une analyse sur les cadenas à combinaison (ancêtres de la machine à calculer de Leibniz). , antonin.

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1637 Rome. Couvent de La Trinité des Monts.
galerie du cloître, voûte cylindrique, murs.
Emmanuel Maignan, minime. 1601-1676.

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1644 Rome. Palazzo Spada, piazza Capo di Ferro.
Voûte cylindrique d'une galerie.
Emmanuel Maignan, minime. 1601-1676.

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1673 Grenoble. Collège des Jésuites (actuel lycée international Stendhal).
2 plafonds et 4 murs dans l'escalier central.
Jean Bonfa Le père Bonfa est né à Nimes en 1638.Il étudie en Avignon où il rencontre le père Athanasius Kircher qui lui enseigne l'art de la construction des cadrans solaires.Il passe trois ans à Grenoble à partir de 1663 et y réalise ce cadran solaire unique en son genre. Il eût pour élève le célèbre astronome Cassini.Il meurt à Avignon en 1724. , jésuite. 1638-1724

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Cette courte liste appelle des commentaires :
1°) Les deux créateurs certains sont des disciples de l'illustre jésuite allemand Athanasius Kircher (1601-1680) qui a consacré à la gnomonique d'innombrables pages où le cadran à réflexion tient une large place. Il pourrait avoir également tracé des cadrans de ce type, sans doute disparus ou inconnus.
2° Le père Maignan a été aidé par son jeune disciple, le père Jean-François Nicéron, minime (1613-1646), à qui l'on attribue aussi des créations non localisées. (*2*)
3°) Le père Bonfa a aussi créé un cadran à réflexion à Avignon, dans le collège des jésuites, extrêmement délabré.
4°) Il existe un cadran à réflexion dans l'escalier de la chapelle gothique d'une commanderie, dans le village de Saint-Sauveur de la Foucardière, près de Châtellerault, dans la Vienne. Il serait du même genre que celui de Saint-Antoine en Dauphiné mais en mauvais état.
5°) Enfin, le père Maignan est crédité d'autres cadrans à réflexion, à Toulouse, sa ville natale, à Aubeterre sur Dronne (Charente et non Dordogne, comme on le lit souvent) et à Bordeaux. Mais nos recherches dans ces trois villes n'ont encore pu que faire douter fortement de ces hypothèses.


Notes appelées dans le texte

**1*) Le père Maignan, dans son traité "Perspectiva horaria" cité en bibliographie, classe ainsi la matière gnomonique ( Livre I. Proposition VII.) :
"Les horloges solaires sont :
1 à heures égales 11 heures astronomiques
12 heures égyptiennes
13 heures babyloniques
14 heures italiques
2 à heures inégales
21 heures antiques
22 heures planétaires
Ces heures se tracent sur les cadrans de trois façons :
optiques (directes)
catoptriques (par réflexion)
dioptriques ( par réfraction)
"Les cadrans sont: etc. "
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(*2*) Ce père Nicéron, pendant les dix mois qu'il passa à La Trinité des Monts, peignit une grande fresque anamorphique représentant, vue de côté, "saint François de Paule en prières", et, vue de face, un paysage de Calabre où ce saint vivait en ermite. Cette peinture faisait pendant à celle qu'avait exécutée, en grisaille, le père Maignan, peu auparavant, un " Saint Jean l'Evangéliste dans son île de Pathmos", qu'on ne distinguait qu'en perspective rasante, depuis un point précis de la galerie, car c'était aussi une oeuvre anamorphique.
Le père Nicéron, mort à 33 ans, a publié :
Interprétation des chiffres,
traduit de l'italien, d'Antoine Cospi 1641
Perspective curieuse 1638
Thaumaturgus opticus (posthume) 1663