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La Colonne d’Uranie, à Lyon (1768 – 1858)
© Paul Gagnaire

Depuis bientôt un siècle et demi, bon nombre de Lyonnais croient, répètent et propagent la triste histoire d'Uranie. Lors de la reconstruction de l'Opéra de Lyon (1826-1834), l'architecte, Antoine-Marie CHENAVARD (1787-1883), se serait aperçu, un peu tardivement, qu'il ne pourrait jamais installer harmonieusement les statues des neuf Muses, à l'attique de son Grand Théâtre dont la façade, au rythme septénaire très marqué, avec huit colonnes supportant sept voûtes, n'accueillerait que sept ou huit socles mais pas neuf, à la différence du Grand Théâtre de Bordeaux qui loge neuf Muses et deux divinités. Il aurait, alors, écarté la douce Uranie, qui, à vrai dire, n'a guère d'affinités avec l'art lyrique, et l'aurait perchée, place des Cordeliers, sur la Colonne du Méridien, rebaptisée ainsi Colonne d'Uranie. (*1)

1856 avant démolition
1858 travaux de démolition
Photographies de Froissard

Sans doute, CHENAVARD n'a pas été ménagé par les critiques d'art; ainsi Henri d'HENNEZEL, exécute-t-il le monument en dix lignes méprisantes. Il parle de "cet énorme cube de pierre..." et de sa froide façade "où huit Muses attendent désespérément leur neuvième Sœur qui ne viendra pas...". (*2) Mais le grief fait ici à CHENAVARD relève de la légende plus ou moins malveillante; il se heurte, en effet, à trois impossibilités matérielles.
D'une part, la Colonne du Méridien était déjà surmontée, depuis le 18 novembre 1768, d'une Uranie due au ciseau du sculpteur Clément JAYET (1731-1804). (*3)
Ensuite, les huit Muses du Théâtre n'y furent installées qu'en 1862, soit presque trente ans après la fin des travaux (*1). Pour ne pas se hasarder à contester cette date tardive, outre les témoignages d'époque, il suffit de vérifier les états-civils des quatre sculpteurs attributaires, chacun, de deux statues :
            BONNET Guillaume (1820-1873)
                         pour CALLIOPE et THALIE
            BONNASSIEUX Jean-Marie (1810-1892)
                        pour CLIO et MELPOMENE
            FABISCH Joseph-Hugues (1812-1886)
                         pour POLYMNIE et EUTERPE
            ROUBAUD François-Félix (1824-1876)
                         pour ERATO et TERPSICHORE.
Dans les années 1826/1834, tous étaient des jeunes gens !
Enfin, la Colonne du Méridien et son Uranie de 1768 furent abattues, en 1858, lors de la vaste opération d'urbanisme du Préfet VAÏSSE qui perça la Rue Impériale (actuelle Rue de la République) et fit élever, par l'architecte René DARDEL, le Palais du Commerce que Napoléon III et l'Impératrice Eugénie vinrent inaugurer le 25 août 1860.
Ainsi, pas de nouvelle Uranie, ni en 1826/1834, ni en 1862, et plus de Colonne du Méridien ! Tout est faux dans la légende lyonnaise !
Mais, nous n'abandonnerons pas nos quatre sculpteurs de Muses sans avoir rappelé que la statuaire mariale devait apporter la célébrité à deux d'entre eux, puisque BONNASSIEUX s'illustra en fondant (1854-1860) la gigantesque statue de Notre-Dame de France, au Puy-en-Velay, dans le fer (et non le bronze, comme on croit communément) de 213 canons russes pris à Sébastopol, (soit 150 tonnes), tandis que FABISCH, en 1864, sculptait, dans un bloc de marbre de Carrare, de 1,80m.de hauteur, la statue de la Vierge de Lourdes, installée à la grotte de Massabielle.
Que nous enseigne donc CLIO, Muse de l'Histoire, sur la destinée de sa petite sœur des Cordeliers ? (*5)


LE MONUMENT DU MÉRIDIEN

Une estampe de 1843 (?).

En 1748, la Place des Cordeliers fut construite sur un ancien cimetière dont une croix perpétua le souvenir. En 1764, les habitants du quartier se plaignaient de la rareté des puits et de la médiocrité de leur eau, aussi le Consulat décida-t-il de faire élever au milieu de la place, une fontaine qui fut conçue comme un monument à usages multiples: pompe, colonne, statue, cadran solaire.
C'est l'architecte Pierre-Gabriel BUGNIET qui fut chargé, le 31 décembre 1764, de composer les plans et d'assurer l'exécution du monument, sous la direction de BERTAUD. (*6) Il devait mourir, très âgé, à Charly le 5 novembre 1806. Sa tombe n'a pas été retrouvée.
Les travaux durèrent de mai 1765 à avril 1770 et coûtèrent, au total, la somme de 12 599 livres.


 Ce monument connut toute une suite de malheurs; Uranie, installée en 1768, eut à pâtir du vandalisme de la Révolution Française, de la Révolte des Canuts en 1834, puis de la Révolution de 1848. En 1849, le 9 avril, lors de la commémoration de la Révolte de 1834, un drapeau rouge fut attaché à la tête, déjà fragile, de la pauvre Uranie qui se détacha et roula sur le pavé. C'est sans le moindre regret que le Préfet VAÏSSE fit démolir l'ensemble qui, en ses jeunes années, s'analysait comme suit :
          a) la colonne
c'était une colonne à base, avec des cannelures d'ordre ionique mais coiffée d'un vaste chapiteau d'inspiration dorique. Elle s'élevait sur un stylobate de plan carré qui abritait le mécanisme de la pompe dont les deux corps déversaient l'eau, à travers des têtes d'animaux marins, dans deux vasques semi-circulaires.
            b) la statue
l' Uranie du sculpteur Clément JAYET, bien que mesurant 9 pieds de hauteur (soit : 9 * 0.324 = 2 m 916), était posée non pas sur le tailloir, directement, mais sur un socle cylindrique à deux étages. Elle portait la hauteur totale du monument à 20 m 862. (*7)
Son prix s'élevait à 800 livres, bloc de pierre de Seyssel inclus. JAYET sculptera aussi le chapiteau pour la somme de 300 livres. Ces 1100 livres lui furent payées sans rabais.
Les photographies, assez imprécises, même celles de FROISSARD, montrent une femme enveloppée dans une longue tunique, soutenant, des deux mains, une tige métallique de quelque six mètres de long, le style polaire, terminée par un disque à oeilleton que la malice populaire ne tarda pas à surnommer "la poêle à frire". Ce disque mesure 18 pouces de diamètre soit 45,72 centimètres et a coûté 38 livres.
Ce style polaire, parfaitement inutile, comme nous le verrons plus loin, était stabilisé par deux jambes d'appui, scellées en chevron dans le piédestal, puis par deux volutes en fer forgé, scellées dans le tailloir, enfin par une ultime volute scellée juste au dessus de l'astragale. Que de craintes on avait eues et que de précautions prises !
Indépendamment des images de cette note, une assez bonne idée de l’ensemble « colonne plus statue » peut être formée en pensant à la « Déesse » de la Grand-Place, à Lille, érigée en 1845 et composée d’une colonne surmontée d’une statue, ensemble destiné à commémorer le siège de Lille par les Autrichiens en 1792, mais sans vocation gnomonique.
            c) le cadran solaire (?)
d' après un paragraphe assez obscur et embrouillé de Paul SAINT-OLIVE (*5), cité par GARDES, un cadran solaire aurait été placé sur le sol. Mais, outre que cette hypothèse n'est confortée par aucun autre témoignage, elle ne concorde pas avec ce que nous savons, par ailleurs, du monument et nous ne la retiendrons pas, tant qu'elle ne sera pas avérée convenablement.
Outre ce cadran horizontal, si vraiment il a existé, avait été tracée, sur le fût même de la Colonne, une courbe en 8 ou Méridienne du temps moyen. Le tracé d'une telle courbe, indicatrice d'u(n) temps moyen, était à l'époque un travail délicat et fastidieux. C'est toujours vrai de nos jours, même si les calculs sont automatisés.
Calculs et tracé furent exécutés par Jean-Baptiste TERRIER, architecte assez obscur, pour la somme relativement modique de 240 livres. En 1785, (15 ans plus tard seulement), Jean VILLARD, navigateur et mathématicien, auteur de la toute simple Méridienne de la Cour haute de l'Hôtel de Ville de Lyon, réclamera 1600 livres d'honoraires. Dès 1770 une polémique éclate à l'Académie de Lyon à propos des calculs de TERRIER. (*8)
Dans sa "Réponse...", TERRIER tranche définitivement la question capitale de savoir où a été tracée la courbe en 8: il avait, en effet, le choix entre une plaque plane rapportée sur la Colonne, ou sur la Colonne, elle-même, rendue localement cylindrique et lisse par arasement d'une partie des cannelures ou, carrément, à travers les cannelures.
La première façon de faire était, assurément, la plus facile. La seconde, d'une grande élégance, était, bien entendu, grosse de difficultés puisqu'elle conduisait à opérer, non pas même sur une surface exactement cylindrique, mais très légèrement tronconique. (*9) Néanmoins, il suffisait d'araser 5 ou 6 cannelures sur environ 8 mètres de hauteur par 0,60 mètre en largeur. Quant à la solution qui consistait à passer, "à la hussarde", à travers les cannelures, elle ne présentait que des inconvénients. Même si Terrier avait été avide de gloriole, tout aurait dû le dissuader de tenter une telle aventure, surtout pour 240 livres! Il avait à réaliser un objet utilitaire; il serait jugé sur la précision des informations procurées par cet ouvrage. Et pourtant, TERRIER a choisi de passer à travers les cannelures. Mais, peut-être, d' autres ont-ils décidé pour lui, car, ainsi qu'il le dit, "...le projet de la Méridienne de la Place des Cordeliers ne fut formé qu'après que la Colonne eût été élevée et la statue placée sur son piédestal..."
Cette mauvaise coordination du chantier obligea le pauvre TERRIER à jouer les stylites. Il se plaint d'avoir dû, pendant plus de trois mois, monter fréquemment, de jour et de nuit, sur la Colonne pour y faire des observations et des vérifications.
Pour ce qui est de l'arasement des cannelures, si même il a été envisagé, l'idée a dû être farouchement combattue par l'appareilleur, CARTERET, qui avait taillé les cannelures de la Colonne, en 1767, et, selon Gardes, « a gémi, tout au long d'interminables pages de règlement de compte, sur toutes les difficultés qu'il a rencontrées pour ce travail. Ses plaintes parurent à ce point excessives, que BUGNIET ramena de 300 livres à seulement 60 livres le règlement qu'il adressa à CARTERET, en 1769 ».


APERCU GNOMONIQUE
Avant tout, il s'agit d'accorder les dires de SAINT-OLIVE, déjà cité, avec ceux de TERRIER et avec les travaux du fondeur VIAL.
Pour SAINT-OLIVE, et pour lui seul, il y a un cadran solaire horizontal sur le sol, avec le chiffre XII, peut-être les douze signes du zodiaque et un style à oeilleton. La colonne porte la courbe en 8 et la ligne du méridien.
TERRIER ne parle que de la Colonne: "...la ligne méridienne..."..."les douze signes du zodiaque ..."....."la méridienne tracée sur la Colonne....". Ni lui ni ses contradicteurs ne parlent de l’éventuel cadran horizontal ; s’il a vraiment existé, il n'a pas soulevé de problème; c'est une pièce banale dont personne n’a rien à dire.
Le fondeur VIAL a fondu en cuivre les organes suivants :
            le Soleil (disque à oeilleton)
            la courbe en 8
            les douze signes du zodiaque
            le chiffre XII
            les sept courbes indicatrices des signes (actuels arcs de déclinaison).
De tout cela nous tirerons la conclusion provisoire qu'il n'existait pas de cadran au sol.
Sur la Colonne était gravé, exactement au milieu d'une cannelure, le méridien, numéroté XII et chevauché par la courbe en 8 du midi moyen. Sept arcs de déclinaison coupaient cette courbe et, aux douze intersections, les symboles ou les signes du zodiaque appropriés marquaient l'avancement des saisons et permettaient au consultant de lire le "bon" côté de la courbe. Rien ne donne à penser que la courbe portait des repères pour les jours 1 et 11 (les arcs la coupent vers le 21). Rien non plus n’évoque des repères de la hauteur du Soleil.
En cette fin du XVIIIème siècle, le public cultivé sait que l'heure solaire, vraie, locale, diffère de l'heure solaire, moyenne, locale, d'une valeur journalière et cumulative appelée "équation du temps". (*10) Si l'on vit dans une société régie par l'heure vraie, il faut aller, de temps en temps, "dérégler" sa montre selon les indications du cadran solaire. Si, au contraire, on vit sous le régime de l'heure moyenne, il faut encore aller consulter le cadran, régulièrement, pour vérifier, avec une table d'équation, si la montre n'a pas pris du retard ou de l'avance par rapport aux indications du cadran, source de vérité. Et si celui-ci comporte une courbe en 8, la lecture du temps moyen se fait immédiatement, à midi, sans aucun calcul mental. (*11).
A Lyon, l'heure officielle, pour la ville, ne sera l'heure moyenne locale qu'en 1816 et, encore en 1820, l'Almanach de Lyon donnera la table de correction.


Rappelons qu'en France on sait tracer des courbes en 8 depuis 1730, voire un peu plus tôt. Quant à l'uniformisation de l'heure sur l'ensemble du territoire national, réforme que même les esprits centralisateurs de la Révolution Française n'oseront point tenter, elle n'interviendra qu'en 1891 (méridien de Paris), puis en 1911 (méridien international dit autrefois"de Greenwich").
Pour tracer sa courbe en 8, TERRIER a pu élaborer un formulaire personnel, mais il avait certainement lu, même s'il ne le cite pas, l'ouvrage classique, bible des gnomonistes, maintes fois réédité :
                        "La Gnomonique pratique ou l'Art de tracer les Cadrans solaires......."
                         par dom François BEDOS de CELLES Paris 1760 puis, 1780, 1790 et, depuis, très régulièrement.
Ce savant bénédictin consacre tout son chapitre IX aux méridiennes horizontales et verticales et la section IV de ce chapitre aux méridiennes du temps moyen. Il y a là 70 pages avec tables et formules de trigonométrie qui auraient dû mettre TERRIER à l'abri de toute erreur, s'il avait eu à tracer sa méridienne sur une surface plane, mais il a eu l'ambition de tracer son 8 sur le fût même de la Colonne, à travers les cannelures, ce qui représentait une difficulté abominable, tant pour les calculs que pour la précision attendue du sculpteur, d'où les inévitables affrontements à l'Académie de Lyon.
Une dernière remarque trouve place ici : c'est exclusivement le centre de la tache de lumière, elliptique, produite par le Soleil à travers l'œilleton du disque, qui marque aussi bien le midi moyen sur la courbe en 8 que le midi vrai sur la ligne méridienne. Si un style polaire a été construit, comme ce fut le cas ici, son ombre, à midi vrai, se couche sur la ligne méridienne, ce qui n'ajoute rien aux indications de la tache de lumière. Au contraire, l'ombre du style est moins aisée à lire car elle se compose d'une ombre pure bordée de deux pénombres.
Sur la Colonne du Méridien elle était, en outre, toute mélangée avec l'ombre des volutes compliquées, des jambes d'appui et du laurier qui serpentait autour du style. Quant au style lui-même, malgré toutes ces ferrailles, nous doutons qu'il ait pu, bien longtemps, aligner correctement ses 6 mètres dans l'Axe du Monde et porter sa poêle à frire à l'emplacement rigoureux.
TERRIER parle des "...supports embarrassants..." et déplore que des travaux nocturnes et intempestifs, exécutés par d'autres corps de métier, aient altéré le bon ordre de son style.
De cela nous avons un témoignage, celui de René DARDEL, architecte du Palais du Commerce : le 5 février 1858 il écrit au Maire de Lyon : "J'ai fait, par motif de sûreté publique, démolir la statue d'Uranie sur la Colonne du Méridien, ainsi que le style en fer, les signes du zodiaque et toutes les parties qui menaçaient de se détacher...".
Mais Uranie, sans sa tête, avait été moulée auparavant. Où repose-t-elle, puisque le Musée des Moulages ne l'abrite pas ? Peut-être, toujours, dans les caves du Palais du Commerce où elle aurait été entreposée tout d'abord.
CONCLUSION
En 1679, à Paris, Uranie avait déjà défrayé la chronique et fait s'affronter le monde littéraire. C'était la "Querelle des Sonnets" qui dressait les "Uranistes", partisans de VOITURE, contre les "Jobelins", admirateurs de BENSERADE. "Il faut finir mes jours en l'amour d'URANIE..." proclamait le premier. Ne voilà-t-il pas un beau souhait pour nos lecteurs épris d'Astronomie.(*12).(*13)


NOTES ET SOURCES

(*1) Ainsi, parmi d'autres, Guy et Marjorie BORGE résument, sans forcément la prendre à leur compte, cette histoire, dans :
              LYON, NAGUERE (1840/1938).ALBUM PHOTOGRAPHIES ANCIENNES
              Ed. PAYOT pages 42/43 en légende d'une photographie de FROISSARD intitulée «  Place des Cordeliers le 15 Mai 1856 »
"La Colonne du Méridien supporte, en haut de ses 20 mètres, la statue de la Muse de l'Astronomie, laquelle se trouve placée là et non à la façade de l'Opéra, comme ses sœurs, pour une raison surprenante. L'architecte avait, tout simplement, oublié, lors de la construction de l'Opéra, en 1828, de ménager une place pour elle. Il fallut trouver un endroit pour loger la pauvre Uranie ... et ce fut celui-là ! Quant à la Colonne, elle-même, elle avait été élevée en 1765 par l'architecte Pierre-Gabriel BUGNIET. Elle sera détruite en 1858."

(*2) Cité par Jean-Charles BONNET
              in "Les Lyonnais dans l'histoire" sous la direction de Jean-Pierre GUTTON
              Ed. Privat 1985 page 211 avec note bibliographique
              La source est: Henri d'HENNEZEL, in "Les villes d'art célèbres: Lyon" Ed. H. LAURENS 1914 pages 66/67

(*3) LYON ANCIEN ET MODERNE, par les Collaborateurs de la Revue lyonnaise
              Ed. BOITEL LYON 1838 tome I page 468 (note 1 partielle)
 "...en 1765, une grande colonne cannelée, haute de 65 pieds, remplaça la Croix élevée en 1748; on y plaça une statue colossale indiquant le méridien, une Uranie, due à Clément JAYET. Dans le soubassement de la colonne on pratiqua une fontaine qui alimente encore en onde ce populeux quartier."

(*4) a) Travaux de l'Institut de l'histoire de l'Art à Lyon,
              cahier n°6 de 1980 pages 44 à 46
Les travaux de reconstruction de l'Opéra de Lyon furent interminables (1826 à 1834), sous les architectes CHENAVARD et POLLET.Ce dernier se retira fin 1831 alors que la grande Première inaugurale avait eu lieu le 3 juillet 1831.
       (b) La Revue du Lyonnais nouvelle série N°24 pour l'année 1862,page 328 confirme cette date, le nombre de huit Muses et leurs quatre sculpteurs. Même confirmation dans le N°27 pour 1863 page 255.

(*5) A partir d'ici et pour le récit de l'histoire de la Colonne nous nous référons surtout à deux sources :
         a) Gilbert GARDES, Le Monument public lyonnais:l'exemple de Lyon thèse de Doctorat d'Etat. Université de Paris I-Sorbonne 1986
voir le tome I, pages:57, 89, 121, 132, 136, 329, 331, 446, 685, 718, 733. et le tome IV, pages 44 à 48
Seules les questions de Gnomonique que nous évoquons en fin de cette étude ont été négligées par G. GARDES, car trop éloignées, sans doute, de l'urbanisme strict qu'il traitait.
          b) Paul SAINT-OLIVE, La Colonne du Méridien - consultable en ligne
              in Revue du Lyonnais nouvelle série N°27 pour l'année 1863 pages 18 à 36.

(*6) E.L.G. CHARVET, Lyon artistique: Architectes
              Ed. Bernoux et Cumin 1899

(*7) A comparer, par exemple, aux colonnes:
              de TRAJAN - 42 m avec socle et statue
              de MARC-AURELE - 42 m avec socle et statue
              de la place Vendôme(Paris) - 43 m avec socle et statue
              de Catherine de MEDICIS - 31 m avec socle, ornée du cadran de Pingré.

(*8) Cette polémique est marquée par la lecture d'un Mémoire à l'Académie de Lyon, le 4 décembre 1770, puis par deux textes :
         a) Réponse du Sieur TERRIER, architecte à Lyon, au Mémoire lu à la séance publique de l'Académie de Lyon, le 4 Décembre 1770, contenant des observations et vérifications sur la Méridienne de la Place des Cordeliers, à Lyon.
         b) Réfutation de l'imprimé de M. TERRIER au sujet de la Méridienne de la Place des Cordeliers.
Ces deux textes sont édités par Aimé de La Roche. Lyon 1771 (Coste). Ils existent à la Bibliothèque municipale de Lyon.
Il n'est plus possible de donner tort ou raison à TERRIER puisque ses calculs ne sont pas connus. Cependant, il affirme avoir utilisé un formulaire ‘’ tiré de la trigonométrie rectiligne et de la sphérique’’, avoir étudié la "Gnomonique" de DEPARCIEUX, avoir conduit ses calculs par logarithmes et répété ses opérations avant et après la pose du style. Cela lui mériterait un préjugé favorable s'il ne se montrait pas si maladroit dans sa "Réponse", présentant plus d'idées générales que d'exemples d'observations ou de paramètres bien établis. La "Réfutation" semble peser très lourd, tant sur le plan théorique, qu'en ceci qu'elle s'appuie sur la constatation matérielle et vérifiable que la Méridienne est affligée de petites erreurs qui affectent aussi bien la lecture de l'heure que celle de la date. Quand TERRIER reproche à son contradicteur d'utiliser une montre douteuse, il n'emporte pas notre sympathie.
Les 240 livres d'honoraires versées à TERRIER sont à rapprocher du salaire moyen d'un ouvrier sans qualification soit 20 à 30 sous par jour, donc environ 5 écus par mois, ou 30 livres, compte tenu des jours chômés. Cf. Annexe monétaire, en fin de document.
Terrier avoue: "Je ne rougis point de le dire, dans ma médiocre fortune, ce genre de travail est, en partie, le fonds de ma subsistance."
A notre avis, TERRIER s'est attaqué à un travail proprement infaisable avec rigueur et exactitude, même à partir de calculs irréprochables, et, de surcroît, il s'est fait (osons le dire), "arnaquer" par ses commanditaires.

(*9) Les cadrans solaires sur le côté convexe d'un cylindre vertical ou même incliné, sont des raretés. Il en va de même pour les cadrans sur troncs de cônes. Cependant on cite toujours trois pièces:
       a) le cadran cylindrique"au pélican"tracé par TURNBULL sur une colonne du CORPUS CHRISTI COLLEGE à Oxford, en 1579.
       b) le cadran cylindrique du Chanoine Alexandre, Guy PINGRE sur la Colonne MEDICIS, en 1764, hélas disparu.
       c) le gigantesque cadran tronconique d'Arata ISOZAKI, à DISNEYLAND.
Voir sur ces references :
              a) Philip PATTENDEN, Sundials at an Oxford College Ed. Roman Books 1979
              b) A.G.PINGRE, Mémoire sur la Colonne de la Halle aux Bleds et sur le Cadran cylindrique que l'on construit au haut de cette Colonne Paris 1764.
                            Voir aussi L'Astronomie de Septembre 1908 pp.385 à 388
                            Voir enfin L'Astronomie de Février 1998 pp.38 à 43.
              c) XXX Contemporary japanese architects Ed. Taschen 1990 pages 90 à 95.
Un autre cadran remarquable, sur quatre faces concaves, mais plus ouvertes que hémi-cylindriques, verticales faisant face, chacune, à un point cardinal, orne les jardins du QUIRINAL, à Rome. Il date de 1628 et il est signé THEODOSIUS RUBEUS PRIVERNAS (personnage totalement inconnu). voir:               Amiral Girolamo FANTONI, Orologi solari , Ed.Technimedia Rome 1988 pages 337 à 339.
              Repris in : Revuede la British Sundial Society N juin 1992 Pages 10 16.

(*10) Voir, par exemple, les Almanachs de la Ville de Lyon de cette époque qui présentent une table des écarts journaliers et un mode d'emploi très précis.

(*11) Ainsi Henri de REGNIER, dans son roman "La Double Maîtresse", conte-t-il l'histoire d'un gentilhomme, l’attendrissant Monsieur de Galandot, frappé d'insolation devant son cadran solaire où il attendait qu'il fût midi pour régler sa montre. La scène se passe en 1723.

(*12) L'amateur qui, de nos jours voudrait tracer une courbe de temps moyen sur un cadran, devrait réfléchir aux deux considérations suivantes :
         a) l'heure procurée par une telle courbe est essentiellement une heure qu'on pourrait appeler "sociale"; c'est l'heure légale de la société où l'on vit: heure solaire, moyenne, locale jusqu'en 1891, puis heure solaire, moyenne du méridien de Paris, de 1891 à 1911, puis heure solaire, moyenne du méridien-origine (dit autrefois "de Greenwich"), depuis 1911.
Actuellement, cette heure, qui n'est autre que l'heure U.T. (après majoration de 12 heures), est encore à majorer d'une heure en hiver et de deux heures en été, pour devenir l'heure légale française. Pour que la courbe en 8 procure cette heure "sociale", il faut l'axer, non pas sur la ligne horaire XII, mais sur une ligne virtuelle qui intègre l'écart en longitude et l'avance légale soit, à Lyon, sur XI h.19m.(hiver) ou sur X h.19m.(été).
         b) sur un cadran vertical méridional, ce 8 est très maigre; il est encore plus disgracieux sur un cadran horizontal. Une très bonne solution consiste, sur un cadran vertical, à tracer un 8 qui fonctionnera avec un système stylaire bifilaire, dans lequel le fil méridien sera fortement éloigné de la table du cadran. Alors, pour une hauteur inchangée du fil équatorial, et, donc, du 8, les deux boucles de la méridienne s'enfleront jusqu'à ressembler à un sablier. C'est un tel 8 que présente le dessin ci-contre.
Bien entendu, il est souhaitable de pouvoir automatiser le calcul (micro-ordinateur), car un 8 de grandes dimensions exigera de calculer au moins 365 points et, parfois, davantage, sans compter les arcs de déclinaison.

(*13) L'Almanach de Lyon, en 1768, donne ainsi les coordonnées géographiques de la ville, prises à l'Observatoire du Collège (actuel lycée Ampère):
                            latitude............45°46' 05''
                            longitude............2°29' 30'' EST du méridien de Paris, ce qui fait avancer Lyon de 9 m.59s sur PARIS. Nous avons vérifié les valeurs pour la place des Cordeliers, par pointés sur carte I.G.N. et par visée satellitaire (G.P.S.). Nous trouvons:
                            latitude.................45°45' 52'' (TERRIER a pris: 45°45' 51''.Or 1'' vaut 30m, 864. (111111/3600).
                            longitude................4°50' 16'' EST de Greenwich soit une avance de l'heure des Cordeliers sur l'heure de Paris de 10 minutes (exactement 10 minutes, 0 seconde, 8 tierces).
                            Lyon.............4°50'16''
                            Paris............2°20'14''
                            -----------------------
                                          = 2°30'02’’ (1° = 4 minutes.)


ANNEXE
Echelle monétaire à l’époque de Terrier (2ème moitié du XVIIIème siècle)

cuivre : 1 liard = 3 deniers tournois (disparu ; monnaie de compte)
              ½ sol = 6 deniers tournois
              1 sol = 12 deniers tournois

argent : 1/20 écu = 6 sols = 72 deniers
              1/10 écu = 12 sols = 144 deniers
              1/5 écu = 24 sols = 288 deniers = 6/5 livre tournoi, ou 1,20 livre tournoi
              donc 1 livre tournoi = 240 deniers
              ½ écu = 3 livres 1 écu = 6 livres

Pièce d'un liard de France - 1656

or : ½ louis = 12 livres 1 louis = 24 livres 1 double louis = 48 livres
              Donc l’ouvrier non qualifié gagne par mois environ 5 écus (ou 30 livres), compte tenu des jours fériés. Terrier, avec ses 240 livres, gagne seulement 8 fois le salaire mensuel d’un ouvrier : 240 / (5*6) = 8

Comparaisons curieuses :
              1°) Bourreau de Paris : 16 000 livres par an à partir de 1776.
              2°) Madame du Barry : 300 000 livres par mois à partir de juin 1768