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Le tombeau de la famille Vilaplana
à Vénissieux
© Paul Gagnaire

Ancien cimetière de Vénissieux, Rue de la Marquise de Chaponay.

Le caveau de la famille Vilaplana, au cimetière de Vénissieux, s'orne d'une stèle verticale dont les deux faces portent des inscriptions, et d'une pierre tombale à étages, elle-même chargée d'inscriptions, et équipée d'objets fonctionnels ou commémoratifs.
Ce monument composite a été construit pour manifester l'emprise du temps qui enclôt la naissance, la vie et la mort, en un entrelacs où des événements singuliers, répétés ou uniques, s'ordonnent et se lient pour l'éternité, conférant l'immortalité à de simples instants passés et transformant l'éphémère en définitif.
Sur cette pierre de mémoire, ceux qui choisirent Dieu pour maître et le Soleil pour guide, ont figuré le sablier où le temps futur brille comme de l'or pur dans l'ampoule haute, tandis que, une fois vécu, il n'est plus que noire poussière de plomb, tombée au fond de la fiole basse.
Pour bien entendre le sens et la fonction des éléments de ce tombeau il convient de les analyser successivement.


LA PIERRE TOMBALE DOUBLE

Elle se compose d'une imposante dalle de granit, de couleur beige doré (ivoire), posée sur un socle de 25 cm. d'épaisseur, et surmontée de deux dalles jumelles, de même matière mais de dimensions réduites, légèrement séparées, qui délimitent les deux emplacements du caveau double. Celle de gauche est dédiée à Emile et celle de droite à Marie, prénoms tracés en lettres d'or.
Le long du bord inférieur des dalles figure aussi la mention: " FAMILLE VILAPLANA ", toujours en lettres d'or.
Sur chacune de ces dalles sont gravées des courbes de nature astronomique, engendrées par des équations particulières de la déclinaison du Soleil à certaines dates, dont celles de la naissance, et, plus tard, de la mort, des occupants. Une statuette en bronze, représentant une torche enflammée, placée au juste point, procure une ombre dont l'extrémité parcourra les courbes les jours appropriés, soit aux anniversaires de la naissance et du décès.
Les courbes de naissance sont peintes en rouge et signalées par une étoile florale à six pétales dorés ; les courbes de décès seront tracées en noir et signalées par une croix pleurante noire.
En outre, la dalle de Marie a été ornée d'une courbe noire correspondant à la Toussaint ( 1er Novembre ), toujours associée à la Commémoration des Fidèles trépassés ( 2 Novembre ), ou Jour des Morts.
L'étoile et la croix sont, ou seront, placées en des endroits des dalles qui correspondent également aux heures des naissances et des décès; ainsi, ces mêmes jours anniversaires, l'ombre marquera, non seulement la date, mais aussi l'heure de l'événement. Mieux encore: du pied de la statuette porte-ombre, jusqu'à la courbe virtuelle du solstice d'hiver, une ligne pointillée, touchée par l'ombre, chaque jour de l'année, montre ainsi, fidèlement, aux visiteurs l'instant à commémorer.


Vers la tête de chaque dalle est placée une copie en pierre de ces blocs-calendriers, à feuillets journaliers, qu'on pose sur les bureaux. L'un est ouvert aux dates du jeudi 16 décembre 1926 et du mercredi 9 novembre 2005; dates respectives de aissance et de décès d'Emile. L'autre présente la page du jeudi 30 mai 1929, date de la naissance de Marie. Sur chacune de ces pages figurent les éléments d'éphémérides usuels : heures des levers et des couchers du Soleil et de la Lune, phases de celle-ci, dates de la Pleine Lune et du quartier en cours, rang du jour et de la semaine, saint du jour, etc.
En regard de cette page datée, la page en vis à vis est encore vierge d'inscriptions, mais, le moment venu, il sera facile de la compléter.


LA STÈLE DE GRANIT GRIS ANTHRACITE ( Labrador bleu )

A la tête du caveau s'élève une stèle de 1m.50 de haut, découpée en demi-cercle, et à la tranche arrondie comme une portion de tore, propre à évoquer la forme hémisphérique de la voûte céleste; sur chacune des deux faces de la stèle, est figurée la moitié du ciel visible à Lyon, à la date ( 27 Août 1957 ) où le couple est arrivé à Lyon, venant de son village natal, en Espagne, telle qu'aurait pu la contempler un observateur placé successivement de chaque côté de la stèle.
Sur la face qui domine la pierre tombale, et regarde vers le Sud-Ouest, le visiteur peut donc voir le ciel du Nord-Est, tel qu'il s'organise au delà et au dessus de la stèle. En bas, comme sortant de terre, se déploie la silhouette du paysage lyonnais en ombre chinoise, avec Fourvière à gauche. Les constellations sont représentées par leurs principales étoiles, de couleur argent et de grosseurs différentes, avec un nombre variable de rais, cinq ou six. De fines gravures les relient pour évoquer les formes conventionnelles des constellations. On reconnait les deux Ourses, Cassiopée, le Cygne avec Deneb, le Bouvier avec Arcturus, Altaïr au coeur de l'Aigle. La Voie lactée traverse toute la voûte céleste en direction de Compostelle où notre monde s'arrête. Tout à droite, figure le sablier emblématique déjà évoqué ci dessus. En arrondi, suivant le cercle de la pierre, s'étire sur deux rangs, en lettres dorées, la devise : " LE TEMPS EST LE LANGAGE DE DIEU, L'ESPACE SON DOMAINE ".
Sur la face arrière de la stèle, le même ciel est représenté, du côté du Sud-Ouest, toujours conforme à sa disposition au jour de l'arrivée de la famille en France, tel que l'aurait vu un observateur placé de ce côté de la stèle, après en avoir fait le tour. On y remarque le Lion avec Régulus, la Vierge, Orion. Ici le paysage représenté est celui du village d'origine d'Emile et Marie. Ainsi un double hommage est rendu à l'Espagne, terre maternelle, et à la France, terre d'accueil. A l'extrême droite, se lève Saturne et la Lune, en son Premier Quartier, vient de franchir le méridien.
En symétrique de l'inscription de l'autre face, court une devise qui avoue la misère de l'homme : " ON NAIT POUR APPRENDRE, ON MEURT EN IGNORANCE " .
Ainsi, les deux bornes d'une existence, naissance et mort, se trouvent-elles définies par ces horloges célestes, discrètes et innombrables, toujours justes car enchaînées à la Polaire, dont la ronde emporte celle des heures qui tissent la vie des hommes.
Lorsque le temps futur aura effacé le souvenir et que les anniversaires ne seront plus commémorés, le Soleil, toujours, d' une ombre légère, exacte et fidèle, continuera de marquer, sur ces pierres de mémoire, le retour des cycles de la vie et de la mort.
Quant à lui, ce caveau, d'une si originale et symbolique conception, manifestera longtemps qu'il est possible, tout en demeurant fidèle à un thème particulier, de faire oeuvre funéraire novatrice et cependant classique, loin de certaines créations modernes, déjà tellement recopiées, que leur singularité première, à force de se rencontrer sans cesse, paraît, désormais, d'une regrettable banalité.